L'île de la Réunion en textes

La nourriture des esclaves

Les esclaves, vous vous en doutez avaient des conditions de vie très difficiles, zoom ici sur l'alimentation des esclaves...

Le gouvernement de Louis Philippe a pris quelques mesures pour améliorer l’habitat des esclaves, mais aussi bien leur nourriture et leur entretien.

Je vous relate donc la partie nourriture.
La ration alimentaire telle que l’a prescrite l’ordonnance est définie ainsi :
« La ration due par le maître à chacun de ses esclaves pour sa nourriture se compose par semaine, pour les individus des deux sexes âgés de plus de 14 ans, de :
6 litres de farine de manioc (eh oui, on mesurait cette poudre en litres !)
ou 6 Kg de riz ou 7 Kg de maïs, 1Kg et demi de morue ou de viande salée »

La ration est réduite de moitié pour les individus des deux sexes de 8 à 14 ans et du tiers pour ceux au-dessous de 8 ans. Les conditions dans lesquelles la nourriture doit être attribuée sont définies par le législateur. Ainsi le remplacement des produits alimentaires prévus par la loi ne peut se faire que dans les limites fixées par des arrêtés locaux qui réglementent les proportions des produits de substitution. Les distributions de nourriture doivent être hebdomadaires, sauf pour des cas exceptionnels, où les magistrats permettent aux propriétaires de procéder « à l’égard de certains esclaves par voie de distribution quotidienne » (sans doute ne savaient-ils pas gérer leurs rations alimentaires).

L’esclave reçoit du maïs, parfois du riz et des racines en quantité insuffisante pour satisfaire ses besoins. Son alimentation est surtout végétarienne. L’esclave a la possibilité sur beaucoup de propriétés, de récolter des brèdes pour compléter sa ration. Certains propriétaires laissent à leurs esclaves le surplus des récoltes d’embrevattes. La morue n’est guère distribuée, sauf sur quelques habitations bien organisées. Les esclaves n’obtiennent la morue que pendant les jours de fêtes, à condition que les prix pratiqués ne soient pas trop élevés. Sur un assez grand nombre d’habitations, le manioc est donné comme ration du soir ou du matin.

Songes et patates douces, racines alimentaires sont les aliments d’appoint qui servent à compléter le menu pendant les périodes de pénurie alimentaire. Certains propriétaires d’esclaves cultivent cependant des songes et des patates pour leurs cochons
Dans certaines sucreries, les grands propriétaires remarquent que l’esclave bien nourri est plus actif dans son travail et accepte assez bien sa condition servile. Comme dirait le proverbe créole : Goni vide y tient pas d’bout (on ne peut rien faire quand on a le ventre creux). Ils reçoivent régulièrement du riz mélangé à des embrevattes ou à des pois du Cap. Sans doute, ce menu est-il à l’origine du z’embrocal !!!

Certains établissements ajoutent de la viande salée ou de la morue au menu traditionnel notamment pendant les périodes de coupe de cannes, ainsi, ils agrémentaient le goût du palais.
Beaucoup de sucriers font des distributions régulières de rhum pendant toute la durée de la récolte. Le verre de rhum représente la récompense, l’encouragement en échange du travail supplémentaire. Bien sûr, l’habitude a été prise par la suite et c’est pourquoi les réunionnais tiennent tant à leur coup d’sec.

Les petites habitations pauvres, ne pouvaient guère respecter l’ordonnance du 4 juin 1846. L’esclave partage donc la ration du maître et celle-ci est bien souvent insuffisante. Les vols commis par les esclaves sont provoqués par la faim, et ils sont nombreux. Les peines sont sévères pour ces délits.
Ces esclaves devaient se procurer le complément de nourriture nécessaire par le maraudage sur les propriétés de leur quartier, obtenant des légumes qui leur permettaient de rompre la monotonie du riz. Certains propriétaires partent du fait que l’esclave doit être nourri uniquement pendant les jours de travail. Certains autres propriétaires se vantent de nourrir leurs hommes les dimanches et jours de fêtes.

Tous droits réservés: Chantal Leperlier du réseau de sites de l'Océan Indien: ZIVOI.COM

[Cet article a été publié conjointement à l'actualité des iles du 20 décembre 2005: La fête de l'abolition de l'esclavage]

Support(s): L’esclavagisme à la Réunion; Encyclopédie de la Réunion.
Tous droits réservés: Chantal Leperlier

Pour être informé de l'arrivée de nouveaux articles, inscrivez vous à notre newsletter, c'est GRATUIT:

Votre e-mail:

L'île de la Réunion en textes fait partie du réseau de sites de l'Océan Indien: ZIVOI.COM, tous droits réservés. ©ZIVOI.COM