| L'île de la Réunion en textes |
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Gorée, l’île aux esclaves
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Nom d'une île qui a été un passage quasi obligatoire pour de nombreux esclaves, récit très émouvant de Chantal Leperlier |
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Cette île fut entre le 16ème et le 17ème siècle, l’un des pôles du commerce triangulaire du passé tragique entre l’Europe, l’Afrique, l’Amérique ; et de ce fait, l’un des principaux points d’embarquement des esclaves noirs vers l’exil. Elle fut choisie à cause de sa position stratégique dans l’Atlantique, et sera très convoitée au fil des siècles. Etant donné que ce trafic a pu se mettre en place sans aucune difficulté, c’est qu’il existait déjà en Afrique (conséquence traditionnelle des guerres entre ethnies). Tous les prisonniers de guerre devenaient des esclaves. Ainsi, l’esclave appartenait au guerrier qui l’avait capturé et celui-ci avait le droit de le vendre ou de l’échanger tel un bijou, un meuble ou autre… Bien souvent ces échanges avaient lieu (selon la valeur de l’esclave) contre de la verroterie, de l’alcool, de vieux vêtements et aussi des armes… Pour mener à bien la culture de la canne à sucre à Bourbon, l’île eut recours à des individus de diverses provenances, tels pour l’Afrique, le Mozambique et aussi la côte ouest vers le Sénégal. Ceux qui venaient de l’ouest transitaient par Gorée automatiquement. Les esclaves étaient choisis sur leurs lieux de vie. On les sélectionnait jeunes, le plus souvent sains et les plus rigoureux. Un registre paroissial en 1667 signale la vente d’un esclave âgé de 12 ans à un colon à Bourbon. On avait pour principe de les choisir ainsi car quand on procédait à la vente plus tard, il fallait se soumettre à un test médical, on regardait même s’il ne lui manquait pas de dents, si elles étaient bien rangées. Tous ces critères étaient favorables pour faire monter les prix de l’esclave qui variait fortement (du simple au double voire plus). Ceux qui venaient d’Afrique Occidentale étaient les plus chers, car il fallait amortir les frais de voyage. Des peuples entiers ont été ainsi décimés, d’innombrables familles démantelées… A l’arrivée du négrier, ils sortaient des tissus, des « cauris » (coquillage : porcelaine) quincaillerie, pour troquer contre les esclaves. Ces derniers faisaient la traversée des mers, à bord de négriers, au fond de la cale, presque sans nourriture et sans eau. Ils étaient attachés entre eux, couchés tête bêche, sur toute la longueur du bateau. Les maladies dues au manque d’hygiène provoquaient d’énormes pertes. Ceux qui étaient capturés et amenés à Gorée étaient entassés dans une maison dite « la maison des esclaves ». Dans l’enceinte de l’esclaverie, femmes, enfants étaient affectés aux corvées domestiques. Les hommes employés au service du concassage du marbre jaune et du basalte qui serviront à l’édifice de maison pour les femmes mulâtresses et leurs époux européens. Cette « maison des esclaves » n’était pas la plus ancienne des esclaveries. Elle fut construite vers 1776, presque à l’abolition théorique de l’esclavage. Depuis, elle a été entièrement rénovée grâce à l’aide du gouvernement sénégalais et de l’UNESCO et inaugurée en 1989 par Madame Danièle Mitterrand comme musée. Depuis cette maison accueille environ 500 visiteurs par jour et pas seulement des touristes en mal d’émotion photographiques !! D’ailleurs bon nombre d’Afro-Américain privés de leurs racines cherche à Gorée la mémoire du peuple noir. (Il en est de même pour d’autre pays et aussi pour les généalogistes. Pour pénétrer dans ce bâtiment de couleur rose, on passe par un porche couvert dans une cour entourée de hauts murs. Celui-ci a un étage et est desservi par un monumental escalier en fer à cheval. C’est de part et d’autre de cet escalier imposant, inévitable, que commence l’horreur. Ces chercheurs, sont meurtris dans leur chair en voyant les chaînes, les fers, les cachots, les galères… Il plane dans ce musée plein d’ombres dont les pièces rigoureusement vides évoquent mieux que tous les livres, les tragédies de la négritude. Ce n’est qu’une amère illusion vite détrompée. Cette porte s’ouvre sur un voyage sans retour. Seuls l’empruntent les cadavres que l’on jette aux requins. Tous droits réservés: Chantal Leperlier du réseau de sites de l'Océan Indien: ZIVOI.COM [Cet article a été publié conjointement à l'actualité des iles du 20 décembre 2005: La fête de l'abolition de l'esclavage]
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